Lors de la prise en charge d'un patient, il est essentiel d'évaluer et de prendre en compte les trois grandes fonctions physiologiques du corps humain : la fonction neurologique, la fonction circulatoire et la fonction respiratoire. Cette dernière est assurée par le système respiratoire, qui débute au niveau des cavités nasales et buccales, se poursuit dans le larynx, emprunte la trachée, se divise en deux bronches principales, puis en bronchioles, avant de se terminer dans les alvéoles pulmonaires.
Physiologiquement, chez un adulte au repos, la fréquence respiratoire se situe entre 12 et 20 mouvements par minute. Ces mouvements respiratoires sont normalement amples et réguliers, permettant l'entrée et la sortie d'environ 500 ml d'air à chaque cycle, ce que l'on appelle le volume courant.
Une fréquence respiratoire anormalement lente est désignée sous le terme de bradypnée, tandis que l'absence totale de mouvement respiratoire, qu'elle soit volontaire (par exemple lors d'une immersion) ou non, est appelée apnée.
La polypnée se caractérise par une fréquence respiratoire accrue, mais ne s’accompagne pas nécessairement d’une diminution du volume courant, comme c'est souvent le cas dans les situations d'hyperventilation. La fonction respiratoire peut également être évaluée par la saturation en oxygène, mesurée par oxymétrie de pouls.
Le terme dyspnée désigne la sensation subjective de difficulté respiratoire, et non un dysfonctionnement objectif de la fonction respiratoire, contrairement à une idée reçue. Cette distinction est importante, car bien que la dyspnée soit souvent perçue comme un signe de détresse respiratoire, elle peut survenir chez un patient sans atteinte respiratoire et ne nécessite pas l’apport d’oxygène, parfois toxique.
Elle est donc propre au patient et s’inscrit dans 3 domaines : sensoriel (quantitatif et qualitatif), affectif (désagrément, peur, détresse, inconfort,…), et selon son impact sur la vie quotidienne (qualité de vie, AVQ,…).
De multiples échelles et scores évaluent la dyspnée selon chacun de ces domaines. Toutefois, le score le plus connu et utilisé dans la dyspnée est celui de la New York Heart Association (NYHA). La dyspnée est classée selon 4 stades :
- Stade 1 : Asymptomatique
- Stade 2 : Symptomatique pour des efforts habituels soutenus (courir, monter plusieurs étages)
- Stade 3 : Symptomatique pour des efforts légers (ménage, parole, quelques marches d’escalier)
- Stade 4 : Symptomatique de repos
Tout comme pour la douleur, la subjectivité de la dyspnée permet l’utilisation d’une échelle visuelle analogique (EVA)
Lorsque les signes cliniques de la détresse respiratoire sont présents, on parle d'une altération objective de la fonction respiratoire, et cette condition peut se manifester par divers signes cliniques, dont les suivants :
- Tachypnée (fréquence respiratoire > 24 mouvements par minute chez l’adulte, > 34 chez l’enfant).
- Désaturation (diminution de la saturation en oxygène < 90%, mesurée par oxymétrie de pouls).
- Tirage intercostal et/ou sus-claviculaire.
- Utilisation des muscles accessoires (sterno-cléido-mastoïdiens et intercostaux).
- Balancement thoraco-abdominal (= respiration paradoxale).
- Respiration bruyante (à l’inspiration, à l’expiration, ou les deux).
- Signes d’hypoxie ou de cyanose.
- Marbrures cutanées.
- Diminution du débit expiratoire de pointe (Peak Flow).
Les causes de dyspnée, accompagnée ou non de détresse respiratoire peuvent être multiples et sont classées en plusieurs catégories :
- Causes respiratoires : Des conditions telles que la décompensation de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), une exacerbation de l'asthme, une infection pulmonaire (bronchite, pneumonie), ou encore un pneumothorax peuvent être responsables de la détresse respiratoire.
- Causes circulatoires : Certaines pathologies circulatoires, comme l'embolie pulmonaire ou l'œdème aigu du poumon, peuvent provoquer une altération de l'oxygénation sanguine, entraînant ainsi une détresse respiratoire.
- Causes neurologiques et métaboliques : Des formes particulières de respiration, telles que la polypnée, la respiration de Kussmaul (acidocétose diabètique) ou la respiration de Cheyne-Stokes, peuvent indiquer un dysfonctionnement neurologique ou métabolique. Ces anomalies respiratoires sont souvent liées à des perturbations de la régulation de la ventilation.
- Causes ORL (otorhinolaryngologiques) : Des obstructions complètes ou partielles des voies aériennes supérieures, comme celles résultant d'un accident d'inhalation ou d'un œdème laryngé (par exemple, lors d'une réaction anaphylactique), peuvent entraîner une détresse respiratoire.
- Causes hématologiques : Une anémie chronique ou d’installation lente, mieux tolérée, peut se révéler par une dyspnée d’intensité lentement croissante. Les anémies sévères ou aigue (en cas d’hémorragie) peuvent entraîner une hypoxémie (réduction de l'oxygénation des tissus) en raison de la diminution de la capacité de l'hémoglobine à transporter l'oxygène. Cela se traduit souvent par une polypnée compensatoire.
- Causes psychiatriques : Dans des troubles tels que la spasmophilie ou la tétanie, une respiration irrégulière et inefficace peut être observée. Dans ces cas, la détresse respiratoire est rare, car l’absence d’atteinte somatique permet une régulation spontanée (Le pH sanguin normal est entre 7,35 et 7,45). Toutefois la dyspnée, particulièrement angoissante, est au premier plan faisant entrer le patient dans un cercle vicieux.
De nombreux patients ou victimes consultent les services d'urgence ou contactent les secours en raison de dyspnée. Il incombe aux secouristes ou aux professionnels de santé (infirmier, médecin, etc.) de rechercher et de détecter les signes cliniques permettant de différencier une dyspnée isolée d'une détresse respiratoire, qu'elle soit mineure ou majeure, afin d’adapter le traitement et le niveau de soins.