Notre regard sur la situation :
Dans ce type d’intervention, l’absence d’envoi de SMUR à l’appel n’est pas inhabituelle. Celui-ci ne sera nécessaire qu’en cas de signes de gravité signalés. Le renfort médical est donc soumis à l’appréciation des premiers secours sur place et de l’infirmier de sapeurs-pompiers. Il est indispensable que la personne transmettant le bilan à la régulation médicale puisse faire ressortir ces signes de gravité, même lorsqu’ils sont difficiles à détecter.
Pour cela, le bilan transmis doit être standardisé, complet et non interprétatif. N’inventez rien : répétez simplement ce que vous avez constaté lors de votre évaluation ABCDE.
Autre point médical (pour être précis) :
Dans l’une de nos rubriques, nous insistons sur la précision du langage médical. Il faut employer des mots précis qui désignent des concepts précis. Cette situation est un exemple permettant d’illustrer pourquoi.
Le diagnostic rapporté par l’intervenant après l’imagerie médicale réalisée au SAU est le suivant : volet costal de K2 et K3 gauche. Bien que ce soit le diagnostic retenu par les médecins en charge de la patiente, il est important de nuancer ce diagnostic, qui semble avoir été porté ici par excès. Voici pourquoi :
Le volet thoracique, ou volet costal, correspond à une fracture des côtes impliquant au moins trois côtes adjacentes, chacune fracturée en deux points distincts. Cette configuration crée un segment osseux instable, détaché du reste du gril costal, capable de se mouvoir indépendamment de la paroi thoracique. Cette instabilité mécanique entraîne des mouvements paradoxaux lors de la respiration (enfoncement du segment à l’inspiration et soulèvement à l’expiration), avec des répercussions cliniques significatives. Les fragments osseux peuvent également provoquer des lésions du poumon sous-jacent, allant de la contusion pulmonaire au pneumothorax.
Une fracture des côtes K2 et K3 gauche (comme mentionnée ici) ne constitue pas un volet costal, mais correspond à des fractures costales multiples étagées. Quelle importance me direz-vous entre 2 et 3 côtes cassées alors que nous en possédons 24…?
Cette distinction est essentielle, car la fracture de seulement deux côtes consécutives n’entraîne pas d’instabilité significative du gril costal. Les côtes adjacentes intactes assurent encore une rigidité suffisante de la paroi thoracique. En revanche, les fractures multiples d’au moins trois côtes consécutives permettent la formation d’un segment mobile.
Contrairement aux fractures multiples étagées, un volet costal est fréquemment associé à des complications graves telles que :
- Hémothorax (saignement dans la cavité pleurale)
- Pneumothorax
- Contusion pulmonaire
- Insuffisance respiratoire due à l’altération de la mécanique ventilatoire.
De nombreuses études ont démontré une augmentation de la mortalité dès lors qu’au moins trois côtés sont fracturés simultanément, en particulier chez les populations vulnérables (patients âgés ou atteints de comorbidités). Ce surrisque n’est pas observé en cas de fractures limitées à deux côtés.
Voici pourquoi des fractures costales multiples, même étagées, sont moins graves et ne nécessitent pas d’intervention chirurgicale le plus souvent, contrairement aux volets costaux.
Le bon vocabulaire médical permet un traitement adapté, et donc un meilleur pronostic.