Parmi les diverses classes de médicaments, les inhibiteurs de la pompe à protons (I.P.P.) constituent une famille d'agents antisécrétoires gastriques, souvent désignés sous le terme de «protecteurs gastriques» en raison de leur mécanisme d'action. Les dénominations communes internationales (D.CI.) de ces médicaments se terminent généralement par le suffixe «-prazole» (notons que l’Aripiprazole est un antipsychotique et non un I.P.P.).
Physiologiquement, l'estomac sécrète en moyenne 2,5 litres de liquide par jour, composé principalement d'acide chlorhydrique, de mucus et de pepsinogène. Ce liquide très acide, avec un pH proche de 2, joue un rôle essentiel dans la digestion et dans la destruction des bactéries ingérées. Le mucus, en association avec d'autres substances, protège la muqueuse gastrique, tandis que le pepsinogène est converti en pepsine, une enzyme digestive active, en milieu acide. La pepsine agit sur les liaisons chimiques des aliments pour initier le processus de digestion.
La sécrétion des ions hydrogène (H+), responsables de l'acidité gastrique, est assurée par la pompe à protons, une enzyme transmembranaire qui déplace activement les ions H+ en échange d'ions potassium (K+). Ce transport actif nécessite de l'énergie, obtenue par l'hydrolyse de l'ATP (adénosine triphosphate).
Le mécanisme d'action des IPP devient plus clair une fois la physiologie de la sécrétion acide maîtrisée. En milieu acide, les IPP se convertissent en leur forme active et se lient de manière covalente à l'une des sous-unités de la pompe à proton dans la paroi du fundus gastrique. Cette liaison entraîne une inhibition irréversible de la pompe, limitant ainsi la sécrétion d'acide.
Étant donné que les pompes à protons sont inactivées de façon permanente, la restauration de leur fonction nécessite la synthèse de nouvelles pompes par l'organisme, ce qui prend entre 18 et 24 heures. Par conséquent, les effets thérapeutiques des IPP peuvent persister même après la métabolisation et l'élimination du principe actif, permettant une administration unique par jour.
Celui-ci doit être pris le matin, à jeun, 30 à 60 minutes avant le premier repas, afin de majorer son absorption et le contrôle des douleurs gastriques. En effet, les IPPs ne se lient qu’aux pompes à protons inactives. Son administration, même par voie intraveineuse, après une prise alimentaire, limite son efficacité.
Les IPP sont principalement utilisés pour traiter l'hyperacidité gastrique, qui peut survenir dans des conditions telles que les ulcères, certaines pathologies cancéreuses ou les œsophagites. Ils sont fréquemment prescrits en association avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou de l'aspirine, car ces médicaments inhibent la cyclooxygénase (COX-1) et modifient la production de prostaglandines, essentielles à la protection de la muqueuse gastrique. La réduction de la sécrétion acide par les IPP aide à compenser les altérations de la composition du mucus, offrant ainsi une protection accrue à l'estomac.
Bien que les IPP soient généralement considérés comme sûrs, il est important de noter qu'ils peuvent induire des effets secondaires et des perturbations électrolytiques significatives. De plus, une utilisation prolongée d’IPP majore le risque d’infection intestinale ou pulmonaire (surtout dans les populations pédiatriques).
Il est essentiel que le praticien informe son patient que le pic d'efficacité des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sur les douleurs gastriques se manifeste généralement entre 1 et 5 jours, avec une tendance vers le troisième jour. Par conséquent, il est crucial d'attendre au moins 72 heures avant de procéder à une réévaluation de leur efficacité.
De plus, il est recommandé de prescrire des agents gastroprotecteurs, tels que les sucralfates ou les alginates comme le Gaviscon, durant les cinq premiers jours afin d'optimiser le soulagement des symptômes chez le patient.
Perspective d’avenir
A l’heure de la rédaction de cet article, un nouveau traitement antiacide, les P-CABs (Potassium-Competitive Acid Blockers), a démontré son efficacité et a récemment obtenu une autorisation de mise sur le marché aux États-Unis.
Les P-CABs sont des inhibiteurs réversibles de la pompe à protons agissant en bloquant de manière compétitive la fixation du potassium (K⁺) sur la pompe à protons. Cette action empêche l'entrée des ions H⁺ dans la lumière gastrique, réduisant ainsi l'acidité gastrique. Contrairement aux inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), les P-CABs ciblent à la fois les pompes actives et inactives.
Leur nature réversible confère aux P-CABs un début d'action rapide, ce qui permet aux patients de ressentir un soulagement plus immédiat. De plus, leur demi-vie prolongée assure une efficacité durable, réduisant la nécessité de prises répétées. Enfin, les P-CABs ne présentent pas les complications ni les effets indésirables fréquemment associés à l'utilisation des IPP, ce qui en fait une alternative prometteuse pour le traitement des pathologies liées à l'hyperacidité gastrique.
Cependant, en l'absence d'études publiées à ce jour, son utilisation reste limitée à un traitement de seconde intention, recommandé uniquement en cas de résistance aux inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) dans le cadre des gastrites et œsophagites érosives. Fin 2024, il n'était pas encore disponible en Europe.