Le bilan A.B.C.D.E.

En permanence, l'organisme humain est en perpétuelle adaptation avec son milieu extérieur. Pour répondre aux différentes variations, le système circulatoire s'adapte. Pour cela, il mesure, il communique, il change... Face à une détresse vitale ou à un traumatisme, il est alors nécéssaire de savoir dans quel état dynamique se trouve l'organisme. Le bilan A.B.C.D.E. est une philosophie propre aux professionnels de l'urgence et du secours, et qui sont confrontés à la prise en charge de personnes ou l'état de bonne santé dynamique est plus ou moins fortement perturbé. 

Bilan A B C D E

Lorsque l’on arrive sur une intervention ou lorsqu’une personne se présente aux urgences de l’hôpital, la problématique principale de la prise en charge en urgence est de lutter contre le temps. Pour cela, il est important d’établir des priorités, afin de pouvoir s’organiser dans nos actions et de prendre en charge efficacement la personne. Face à une situation d’urgence, l’intervenant n’a l’impression d’agir que lorsqu’il fait des actions et s’empresse (parfois) de faire des gestes. A l’inverse, certains intervenants redoutent de ne pas apporter la meilleure réponse à la victime/au patient, et n’effectuent des gestes qu’après une longue phase de réflexion, cherchant alors à poser le diagnostic le plus fin.

La philosophie A.B.C.D.E. n’est pas nouvelle. En 1957, Peter SAFAR écrit l’ouvrage A.B.C. qui devient une référence en la matière. En 1976, à la suite d’un accident d’avion, James K. STYNER développe la méthodologie A.B.C.D.E. C’est en 1978 que l’algorithme conquit l’Amérique, lorsqu’il arrive aux programmes de l’A.C.L.S. (Advanced Cardiac Life Support) et l’A.T.L.S. (Advanced Trauma Life Support). Aujourd’hui, de nombreux pays d’Europe pratique cette méthode, tandis qu’en France, elle gagne le monde des Sapeurs-Pompiers. Issue du P.H.T.L.S. (Pré Hospital Trauma Life Support), c’est un outil largement plébiscité dans la prise en charge de la traumatologie pré-hospitalière. Ces dernières années, en tenant compte du lourd héritage des attentats de Paris en 2015, la prise en compte d’un saignement massif avec la lettre C ou X devant l’acronyme gagne du terrain, mais la philosophie générale reste sensiblement la même.

Partie I : CHANGER DE PHILOSOPHIE

Le bilan A.B.C.D.E. change la manière de prendre en charge une victime/un patient. Afin d’agir rapidement et efficacement, il va permettre de repérer ce qui risque de tuer le patient en premier, et le traiter en priorité. Pour ce faire, il met en place un cheminement structuré en cinq étapes, qui reprend le circuit de l’oxygène dans le corps. A chaque étape, il faudra contrôler si la fonction valide la «question fondamentale», cela signifie que l’on peut passer à celle d’après. Pour le savoir, il faut effectuer une vérification par un questionnement Le cas échéant, des actions correctives devront être mise en place.

Airways

Etape 1 : A – Airways (Les voies aériennes supérieures)

Cette étape consiste à s’assurer qu’aucun corps étranger n’obstrue les voies aériennes supérieures.

Question fondamentale : L’oxygène présent dans l’air arrive-t-il jusque dans les poumons ?

Vérification : La victime parle-t-elle ?

Une personne qui parle est une victime qui arrive à faire sortir de l’air de ses poumons, et par conséquence, à en faire rentrer. Lorsque la victime ne parle pas, il faut effectuer la vérification et éventuellement agir en subluxant la mâchoire ou aspirer les voies aériennes supérieures par exemple.

Breathing

Etape 2 : B – Breathing (La fonction respiratoire)

Cette étape consiste à vérifier la qualité de la respiration cellulaire.

Question fondamentale : L’oxygène présent dans les poumons passe-t-il dans le sang ?

Vérification : La victime fait-elle une phrase ?

Une personne qui peut faire une phrase sans reprendre son souffle est une personne qui a des échanges gazeux oxygène/dioxyde de carbone qui se font. En dehors de toute pathologie chronique, il faut intervenir en installant la personne en position demi-assise et lui administrer de l’oxygène. L’hypoxie est le manque d’oxygène qui arrive jusqu’aux cellules. Elle se différencie de l’hypoxémie, qui se définit par une diminution voire absence d’oxygénation du sang par les poumons.

Circulatory

Etape 3 : C – Circulatory (La fonction circulatoire)

Cette étape consiste à s’assurer l’absence d’une éventuelle apparition de signes de gravité qui pourraient apparaitre soit par défaillance de la pompe cardiaque, soit par perte importante de sang.

Question fondamentale : L’oxygène présent dans le sang est-il distribué à l’ensemble du corps ?

Vérification : La peau est-elle normale ? Chaude et sèche ?

Le sang est le liquide biologique vital, il transporte l’oxygène et joue un rôle pivot dans l’hémodynamique. Une problématique en apport de sang et donc d’oxygène aux tissus se manifeste rapidement par une peau en sueur, pâle, froide avec un temps de recoloration cutané allongé (> 3 secondes). L’absence de signe clinique permet de passer à la fonction suivante. Dans le cas contraire, si un saignement est actif ou que la personne est en arrêt cardiaque, il faut agir à cette étape avant de continuer.

Disability

Etape 4 : D – Disability (La fonction neurologique)

Le changement majeur par rapport à la philosophie neuro/respi/cricu, c’est de pouvoir considérer une victime inconsciente de manière moins critique qu’une personne qui respire mal.

Question fondamentale : Le cerveau contrôle-t-il l’hémodynamique ?

Vérification : La victime est-elle orientée ?

En effet, l’état de conscience d’une victime ne suffit pas à déceler une criticité neurologique. Certains diabétiques ou un traumatisme crânien peuvent se présenter chez une personne conscience, mais c’est leur état d’agitation ou leur désorientation temporo-spatiale qui doit mettre la puce à l’oreille, et renforcer une exploration à la recherche d’un signe de déficit neurologique.

Exposure

Etape 5 : E – Exposure (Traumatologie)

On retrouve ici l’origine du bilan A.B.C.D.E., son utilisation en cas de traumatisme.

Question fondamentale : L’organisme a-t-il été soumis à une attaque extérieure ?

Il s’agit à cette étape l’absence de lésion causées par un agent extérieure : une atteinte traumatique (coup/torsion/blast), une atteinte thermique (trop chaud/froid), ou encore une atteinte électrique. Une fois que la mise en sécurité et au chaud a été faite, il ne faut surtout pas hésiter à exposer la victime. L’adage reconnait que «la lésion la plus grave se trouve dans la partie du corps qui n’a pas été examinée».

L’idée de manœuvre d’une prise en charge d’un patient selon la méthode A.B.C.D.E. est de repérer une détresse et d’agir directement sur cette menace vitale. Elle repose sur une recherche de signes cliniques plus que sur des mesures chiffrées d’hémodynamique par les appareils. Chaque corps de métiers dispose d’actions de plus en plus avancées et techniques, mais les actions secouristes sont toujours prépondérantes, car elles consistent généralement à la sauvegarde ou au rétablissement rapide et simple d’une fonction vitale. Il faut alors représenter les actions paramédicales et médicales comme une montée en puissance des actions secouristes. Elles sont donc à réaliser dans un second temps, quel que soit la fonction et la compétence.

Quotidiennement, lorsque l’on aborde une victime/un patient qui est conscient(e) et qui parle, on évalue simultanément le A, le B, le C, et le D. En effet, l’intervenant collecte simultanément les informations qu’il voit et qu’il entend. Le bilan A.B.C.D.E. commence en fait lorsque l’intervenant structure sa pensée.

Partie II : AUTOUR DU BILAN A.B.C.D.E.

Le first Look :

C’est la première image que l’on voit en arrivant sur les lieux ou lorsque l’on voit le patient qui se présente aux urgences. Cette sensation ressentie à la vue de cette image impose un rythme à l’intervention. Bien souvent, il s’agit d’une stimulation réactionnelle à cette image. Mais dans certains cas, elle génère un stress qu’il faut combattre ou une tunnelisation à limiter. Dans d’autre, elle est faussement rassurante et devient alors trompeuse.

Le triangle d’évaluation pédiatrique T.E.P. :

Combiné au first look, le triangle d’évaluation pédiatrique est une méthode d’analyse rapide d’un enfant en bas âge. De manière réordonnée, le A consiste à évaluer l’apparence générale, Les lettres B et C restent inchangées, seuls les signes cliniques recherchés sont adaptés à la pédiatrie.

T.E.P.

Le bilan secondaire :

Après avoir effectué le bilan primaire avec la recherche et le traitement des urgences vitales, il est temps de passer au bilan secondaire. Il contient une série d’interrogatoires et permet une prise en charge globale de la victime. En traumatologie, il consiste à refaire un bilan de la victime «de la tête aux pieds». En prenant soin de lutter contre les effets du froid et la prévention de l’hypothermie, il est nécessaire de faire une palpation minutieuse de l’ensemble du corps ainsi qu’une exploration visuelle après avoir découpé ou enlevé les vêtements.

S.A.M.P.L.E.R. - O.P.Q.R.S.T.

Au cours d'une intervention, le bilan A.B.C.D.E. s'utilise généralement lors dun bilan d'urgence vitale, mais il peut également être utilisé lors du bilan secondaire ou du bilan de surveillance. A chaque fois, il doit permettre d'effectuer les gestes adaptés au degrés d'urgence de la prise en charge. Le bilan de surveillance se répète jusqu'à l'arrivée à l'hôpital et la fin de la prise en charge. 

Repetition du bilan

Ce qu'il faut retenir...


  • Le bilan A.B.C.D.E. est un outil qui permet de traiter en priorité ce qui risque de tuer en premier
  • Il est principalement utilisé en traumatologie pour structurer ses actions
  • Il permet de repérer rapidement une défaillance vitale
  • Il peut se décliner plusieurs fois en affinant la problématique : de l’urgence vitale à la surveillance
  • Il est +/- poussé en fonction de chaque corps de métier, mais les actes de secourisme restent prioritaires

 

Date de dernière mise à jour : 17/12/2022

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