Le délire peut se définir comme une croyance irréductible et inébranlable à une conception fausse de la réalité. Elle se différencie de l’erreur par le caractère systématique, incorrigible, inattaquable par le témoignage d’autrui et d’autres expériences vécues par le sujet.
Le délire... pas uniquement en psychiatrie
La présence d’un délire ne signe toutefois pas systématiquement une pathologie psychiatrique. De nombreuses affections somatiques peuvent être responsables de manifestations délirantes ou psychotiques. C’est par exemple le cas, d’une infection sévère avec fièvre élevée, d’un syndrome confusionnel chez la personne âgée, d’une hypoglycémie, d’un trouble métabolique, d’une intoxication médicamenteuse ou toxique, d’une pathologie neurologique telle qu’un A.V.C., ou encore d’une encéphalite, et peuvent notamment se manifester par des idées délirantes. Des éléments parfois banals en apparence, comme une rétention urinaire ou une constipation sévère chez un patient âgé fragile, peuvent également favoriser un état confusionnel associé à des propos délirants. Ainsi, devant tout patient présentant un délire, le soignant doit systématiquement rechercher des signes d’orientation somatique avant de conclure à une origine psychiatrique. Cette démarche est essentielle, certaines causes organiques pouvant engager le pronostic vital ou nécessiter un traitement urgent.
Quand on n'y comprend plus rien, on analyse...
Dans un contexte d’urgence psychiatrique, la prise en charge vise avant tout à évaluer le retentissement du délire, le risque de passage à l’acte auto ou hétéro-agressif, l’existence d’hallucinations associées et le degré d’adhésion du patient à ses croyances. L’objectif n’est pas de confronter ou de contredire le délire, mais d’en décrire les caractéristiques afin d’orienter l’évaluation clinique et la prise en charge.
L’ensemble des signes extérieurs permettant d’évaluer un phénomène délirant peut se regrouper en 6 caractéristiques, mémorisables facilement grâce à l’acronyme T.O.M.A.T.E. :
- Le thème - De quoi parle son délire ? Quel est le sujet ? : Ils sont variables et peuvent se cumuler, les principaux thèmes sont :
- Persécution (conviction d’être la victime de préjudices) Revendication
- Mégalomaniaque (idées fausses de grandeur ou de puissance)
- Passionnel (jalousie ou érotomaniaque), hypochondriaque…
- L’organisation - Le délire est-il organisé ? : Le délire est-il bien organisé et structuré ou reste-t-il flou sur certains points ?
- Le mécanisme - Par quel(s) mécanisme(s) se manifeste le délire ? : Interprétation (fausse interprétation de la réalité), imagination (idée extraordinaire), intuition, hallucinations (auditive, visuelle, sensitive…)
- L’adhésion - Partielle ou totale ? : A quel point le sujet adhère-t-il à son délire ? Est-il dans une croyance inébranlable ou tient-t-il encore compte de la réalité ?
- Le type de délire – Aigu ou chronique ? : S’agit-il d’un épisode nouveau ou d’une recrudescence d’un épisode délirant déjà rencontré ?
- Étendu – Quelle est l’étendu du délire ? : Le délire envahit-il toute la vie du sujet ou ne concerne-t-il qu’une partie (travail, voisinage, famille) ?